Pendant le confinement mondial de la COVID, les dirigeants industriels ont été confrontés à une pression intense et ont dû rapidement réinventer leurs chaînes d’approvisionnement pour maintenir un flux continu de matières premières et de produits finis. Aujourd’hui, les chaînes d’approvisionnement ne sont plus seulement un outil de réduction des coûts ; elles sont devenues l’épine dorsale de l’entreprise, reliant tous les maillons : les fournisseurs, les fabricants, les détaillants et les prestataires de services logistiques dans un réseau complexe, essentiel à la survie, au succès et à la croissance d’une entreprise.
Avant la COVID, l’accent était principalement mis sur la maximisation de l’efficacité et la minimisation des coûts, souvent grâce à des chaînes d’approvisionnement rationalisées, centralisées et mondialisées. Cependant, la COVID a mis en évidence des vulnérabilités incitant les entreprises à privilégier la résilience plutôt que l’efficacité passant de « Comment réduire les coûts ? » à « Comment nous préparer à la prochaine perturbation ? »
« Navigating Uncertainty with Confidence: Investment Priorities for 2025», un rapport réalisé par Capgemini, révèle que 63 % des dirigeants d’entreprises prévoient d’augmenter les investissements au sein de leurs chaînes d’approvisionnement, en favorisant le développement de systèmes résilients, axés sur la technologie.
Cinq ans plus tard, où en sont les chaînes d’approvisionnement ?
Une plus grande résilience et flexibilité
La transformation numérique des chaînes d’approvisionnement
L’un des changements les plus importants est intervenu dans la gestion des chaînes d’approvisionnement. Les outils numériques, l’automatisation et l’analyse des données sont devenus indispensables pendant la COVID. Les entreprises ont rapidement adopté des systèmes permettant la visibilité en temps réel de leur chaîne d’approvisionnement, ce qui leur a permis de surveiller, gérer et répondre instantanément aux perturbations. La transformation numérique incitée par la COVID est désormais une composante permanente. Des technologies telles que le suivi en temps réel, l’analyse prédictive et les prévisions de demande basées sur l’IA sont largement utilisées. Le développement rapide des outils numériques avancés ouvre de nouvelles opportunités dans la planification des chaînes d’approvisionnement, les opérations et la gestion des risques.
La pénurie de main-d’œuvre et l’automatisation
La pénurie de main-d’œuvre est devenue un problème critique pendant la COVID, notamment dans les secteurs de l’entreposage, du transport et de la fabrication. Cette pénurie, combinée à une demande croissante pour certains produits, a conduit à une augmentation de l’automatisation. Les entreprises ont commencé à accélérer leurs investissements dans les robots, l’IA et l’automatisation pour combler les lacunes de main-d’œuvre. Bien que les pénuries immédiates de main-d’œuvre causées par la COVID se soient atténuées, les problèmes de main-d’œuvre persistent. L’essor de l’automatisation a contribué à atténuer certains de ces défis, mais le recrutement et la fidélisation des travailleurs restent une priorité.
Décentralisation et relocalisation
La mondialisation a longtemps favorisé un modèle dans lequel les marchandises provenaient de régions à faibles coûts comme la Chine. Toutefois, la pandémie de COVID-19 a mis en évidence les vulnérabilités de cette approche en cas de tensions géopolitiques ou de pandémies. En conséquence, de nombreuses entreprises ont commencé à reconsidérer leurs stratégies en matière de chaîne d’approvisionnement, ce qui a conduit à la relocalisation de leur production dans des régions plus proches ou à domicile afin de réduire la dépendance à l’égard des fournisseurs éloignés, et à diversifier leurs fournisseurs. Selon l’enquête « 2024 McKinsey Global Supply Chain Leader Survey », les entreprises constatent aujourd’hui les bénéfices de leurs efforts mis en œuvre après la pandémie. 73 % des personnes interrogées font état de progrès dans les stratégies de dual-sourcing et 60 % travaillent à la régionalisation de leurs chaînes d’approvisionnement.
Une attention accrue à la durabilité
La pandémie a mis en évidence les vulnérabilités des chaînes d’approvisionnement, tout en sensibilisant les entreprises aux enjeux environnementaux et sociaux susceptibles d’affecter celles-ci. En conséquence, le développement durable est devenu une préoccupation majeure. Un rapport d’EY de 2022 a relevé que, 80 % des entreprises se concentrent sur les initiatives environnementales, sociales et de gouvernance (ESG). En intégrant le développement durable dans leurs stratégies, les entreprises peuvent mieux gérer les risques liés à la pénurie de ressources et au changement climatique. Les avantages en termes de réputation, l’amélioration de la conformité aux réglementations et les économies potentielles découlant d’une durabilité accrue contribuent à rendre la chaîne d’approvisionnement plus résiliente.
Conclusion
Cinq ans plus tard, les chaînes d’approvisionnement sont plus diversifiées, orientées vers la technologie, durables et mieux préparées pour faire face aux perturbations mondiales. Cependant, des défis tels que les pénuries de main-d’œuvre, les tensions géopolitiques, la volatilité et la nécessité constante d’une plus grande agilité opérationnelle continuent d’influencer la gestion des chaînes d’approvisionnement des entreprises. La principale conclusion à retenir est que les chaînes d’approvisionnement d’aujourd’hui sont plus dynamiques, plus numériques et plus conscientes des risques qu’elles ne l’étaient avant la pandémie. »
J’ai contacté Nick Reonegro, Chef de file, Transport et logistique et Anant Parmar, directeur chez Avalon CSC, qui collaborent régulièrement avec nos clients et voient de première main comment ces évolutions se manifestent. Voici quelques questions clés que j’ai posées pour recueillir leurs points de vue sur la manière dont les organisations naviguent à travers ces changements :
1- À la suite de la pandémie, comment avez-vous observé les organisations ajuster leurs priorités pour construire des chaînes d’approvisionnement plus résilientes ? Quelles stratégies adoptent-elles pour minimiser les disruptions à l’avenir ?
Nick : « Au cours des dernières années, il y a eu un changement vers le maintien des stocks plus près du point de consommation. Récemment, nous avons observé un retour au modèle JIT (Juste à temps) dans certaines zones, mais dans la majorité des cas, il y a une tendance vers l’approvisionnement local (lorsque cela a du sens pour l’activité de l’entreprise), ainsi qu’une augmentation des niveaux de stocks de sécurité accompagnée bien sûr de la mise en place de redondances et de sources d’approvisionnement alternatives. »
Anant : « En conséquence, ce changement a obligé de nombreuses entreprises à réévaluer leur flux de trésorerie. Sécuriser davantage de stocks et favoriser l’achat local conduit généralement à une augmentation des coûts variables. Cela a obligé les entreprises à resserrer leurs dépenses et à privilégier des outils pour optimiser leur approvisionnement en matières premières afin de rester compétitives et pertinentes. »
2- Quelles sont les principales tendances que vous observez dans les chaînes d’approvisionnement qui suggèrent que les entreprises construisent des systèmes plus durables et résilients à long terme ?
Nick : « Il y a eu beaucoup d’investissements dans l’automatisation, non seulement dans la robotique d’entrepôt, mais aussi dans les logiciels et la technologie. La planification de la chaîne d’approvisionnement, la planification d’activité intégrée (IBP), ou la planification des ventes et des opérations (S&OP) se sont révélées inestimables pour la réussite des entreprises face aux perturbations de la chaîne d’approvisionnement et à la volatilité du commerce mondial. »
3- L’automatisation semble être un axe majeur dans les chaînes d’approvisionnement modernes. Quels domaines au sein de la chaîne d’approvisionnement sont particulièrement propices à l’automatisation, et quels avantages les organisations ont-elles observés en conséquence ?
Nick : « La robotique est un domaine qui réduit l’incertitude dans une entreprise lorsqu’il s’agit d’opérations internes, mais investir dans les processus et les outils pour être en mesure de gérer les perturbations externes est également d’une importance capitale. C’est en combinant les processus et les outils appropriés pour les mettre en œuvre que l’on peut créer une véritable valeur ajoutée. La robotique dans les opérations, c’est-à-dire les systèmes d’entreposage des marchandises à la personne, lorsqu’elle est correctement ciblée, a prouvé qu’elle permettait de réduire les coûts et d’améliorer le service. »
Anant : « L’automatisation peut être introduite à différents niveaux et échelles. Il peut s’agir de l’automatisation d’un processus tel que la numérisation de données, ou de manipulations physiques telles que la récupération, le tri, jusqu’à l’emballage et la palettisation. L’étendue de l’automatisation dépend réellement de l’industrie et de l’application. La bonne nouvelle, c’est que l’automatisation peut être introduite pour améliorer des éléments d’une seule étape, plutôt que l’ensemble du processus. Cependant, il est essentiel d’évaluer et de prendre en compte le livrable final. L’automatisation d’un seul élément peut se présenter comme une solution rentable dans un premier temps ; mais, les ajouts futurs peuvent nécessiter des investissements coûteux en matière de personnalisation et d’intégration. Il est toujours judicieux d’examiner les aspirations d’automatisation de bout en bout, afin de comparer l’investissement global nécessaire pour obtenir la solution la plus optimale. »
4- À votre avis, quels sont les plus grands défis auxquels les entreprises sont confrontées lorsqu’elles tentent de mettre en œuvre l’automatisation dans leur chaîne d’approvisionnement, et comment peuvent-elles les surmonter ?
Nick : « L’introduction de l’automatisation (qu’il s’agisse de robotique, de technologie ou de logiciels) ne garantit pas nécessairement des économies de coûts. Les principaux domaines dans lesquels nous constatons des lacunes sont l’investissement dans l’ingénierie et la conception des processus en amont, afin d’établir les besoins de l’entreprise. La manière de faire évoluer les équipes interne et la gestion du changement restent de loin les plus grands obstacles à surmonter dans tout projet de transformation majeur. »